L'avocat général demandait la confirmation du jugement. La cour relève d'abord que le blanchiment du produit d'un trafic de stupéfiants (article 222-38 du code pénal) suppose de savoir que l'argent provient de ce trafic. Or le parieur n'a été condamné pour trafic de stupéfiants que pour des faits commis à partir du 1er septembre 2018. Aucune pièce n'établit de trafic avant cette date, alors que l'opération principale remonte à juillet 2017.
Face à la fragilité de cette qualification, la cour examine les faits sous celle du blanchiment de droit commun (article 324-1 du code pénal), qui vise le produit de tout crime ou délit, comme le demandait l'avocat général. Sous cette qualification non plus, les faits ne sont pas établis.
Sur les 288 tickets de juillet 2017, la cour note que le parieur se présente comme un joueur, ce que confirme sa présence régulière dans les casinos. Le nombre d'achats le même jour peut s'expliquer ainsi. Aucune vérification n'a été faite dans les points de vente où ces tickets avaient été achetés. L'hypothèse des enquêteurs ne reposait que sur la conversation enregistrée deux ans plus tard : le premier jugement la décrivait comme parfaitement claire, la cour n'y trouve que des propos décousus et imprécis.
Aucune comptabilité parallèle n'est établie, pas plus que la manière dont le buraliste aurait pu détenir 288 tickets gagnants achetés dans plusieurs points de vente. Il n'est donc prouvé ni procédé illicite, ni enrichissement du buraliste, ni origine frauduleuse des fonds.
Pour les achats postérieurs au 1er septembre 2018, période couverte par la condamnation du parieur, il s'agit de mises de 350 € et de 885 €, réparties en plusieurs achats. Rien ne permet d'en déduire que le buraliste avait conscience de leur provenance illicite. Rien ne démontre non plus que le parieur l'ait sollicité pour blanchir de l'argent : ses explications sur la conversation enregistrée n'apparaissent pas fantaisistes à la cour.
La cour infirme donc le jugement en toutes ses dispositions et relaxe les trois prévenus.
Pour aller plus loin : la défense en matière de blanchiment.