Accusations portées

Le condamné exécutait une peine de six ans d'emprisonnement, prononcée en 2025 par le tribunal correctionnel de Paris pour des faits liés à un trafic de stupéfiants, commis en récidive. Sa fin de peine était fixée en 2029.

En décembre 2025, il a demandé un aménagement de sa peine. Le 3 avril 2026, le juge de l'application des peines de Bobigny lui a accordé une semi-liberté de six mois, probatoire à une libération conditionnelle. Cette mesure était assortie d'obligations : travailler, régler les sommes dues au Trésor public, ne pas entrer en contact avec les coauteurs de l'infraction.

Le procureur de la République a fait appel le jour même, avec effet suspensif : la mesure ne pouvait pas s'appliquer avant la décision de la cour. Devant elle, l'avocat général a demandé l'infirmation du jugement.

Les avis étaient partagés. Le service pénitentiaire d'insertion et de probation était favorable à un aménagement. L'administration pénitentiaire y était défavorable, en raison de la date de fin de peine lointaine et d'incidents relevés en détention. Le ministère public s'y était opposé dès la première instance.

Stratégie de défense

Le condamné a comparu devant la cour par visioconférence, assisté de Me Teboul. Il a reconnu l'intégralité des faits et déclaré en assumer l'entière responsabilité. Il a expliqué que cette peine lui avait servi de leçon et qu'il voulait changer de vie.

Le dossier faisait état d'un parcours de détention engagé : demande de travail dès son arrivée, emploi en détention, programme de réinsertion suivi fin 2025, demande de versements volontaires pour régler l'amende. Une association de réinsertion s'était engagée à l'accompagner dès sa sortie, notamment dans sa recherche d'emploi.

Le service pénitentiaire d'insertion et de probation soulignait sa volonté de persévérer dans ses démarches de réinsertion, et le sérieux avec lequel il s'était investi auprès de cette association.

Décision

La cour reçoit l'appel du parquet mais confirme le jugement. Elle adopte les motifs du juge de l'application des peines, qu'elle juge pertinents.

La cour ne minimise pas le passé pénal du condamné, ancien et lourd. Elle relève cependant qu'il n'élude pas sa responsabilité, en a pris conscience et semble avoir engagé une réflexion authentique sur son parcours. Cette prise de conscience amoindrit le risque de récidive, que contrebalancent aussi son investissement en détention et son projet de sortie.

La cour rappelle ensuite que la loi favorise le retour progressif à la liberté des condamnés, en tenant compte du taux d'occupation des établissements pénitentiaires. Ce taux atteint 224 % au centre pénitentiaire de la Seine-Saint-Denis. Même si la fin de peine est lointaine, un temps de détention supplémentaire, dans ce contexte de suroccupation, n'apporterait pas de garanties supplémentaires contre la récidive, au regard des gages d'insertion déjà fournis.

Au regard de la durée de peine restant à subir, la cour estime toutefois nécessaire un cadre strict dans un premier temps, éloigné du lieu de vie habituel du condamné. Elle fixe son entrée en semi-liberté au 6 juillet 2026, et sa libération conditionnelle au 6 janvier 2027, sous réserve d'avoir satisfait à cette épreuve.

Pour aller plus loin : l'avocat en aménagement de peine.